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LE DÉPART DE JULES NIDEGGER
(l'Echo du Gros-de-Vaud, 25 janvier 2002)

Jules Nidegger poursuit son voyage, mais sous d'autres cieux. Les Vaudois perdent un doyen, les Suisses aussi peut-être ? Nous qui accumulons nos souvenirs entre les murs et les arbres de la province qui nous est chère, nous sommes privés d'un personnage unique. Bien avant son décès qui nous attriste, il était entré dans la légende. Permettez cette familiarité émue, les aînés diront plus tard avec une tendresse non dissimulée "il était une fois le Jules...".

La presse quotidienne se souvient d'une riche existence, longue au point de changer trois fois le matricule du siècle : 26 mai 1893 - 20 janvier 2002. Il y eut des guerres, des réconciliations. Le langage se modifiait, pas toujours pour notre bonheur. Villes et villages troquaient leur visage d'avant-hier contre une morne rigueur inspirée par l'intérêt. Jules Nidegger évoqua "le bruit de la monnaie couvrant le son des cloches" mais il resta fidèle à la nature qui retrouve sa jeunesse à chaque saison nouvelle.

La nature ! Il l'a fait découvrir et aimer par des générations d'écoliers qui reconnaissent aujourd'hui, grâce à lui, les chants d'oiseaux et les fleurs sans nom des lisières. Ses jumelles lui permettaient de pénétrer dans les endroits secrets dont il ne troublait ni la beauté ni la paix. "Le Jules, un écologiste avant l'heure, un vrai !"

Gruérien intransigeant. il libérait volontiers ses mouvement d'humeur. Il lui arrivait de bouder les anges et de leur préférer un chœur de mésanges. Un Liauba descendu des alpages valait un Alleluia accroché aux nuages. Il défendait à ses "sujets" de porter une montre-bracelet en classe. Il était plus important d'apprendre le chemin et l'horaire du soleil. Nous pourrions ajouter à nos souvenirs de nombreux moments d'étonnement, de crainte et d'heureuse surprise. On vous le dit: un personnage qui ne ressemblait à personne.

Nous n'avons pas oublié la douceur ni la philosophie discrète d'une épouse souriant dans son ombre. Ses enfants sont restés nos amis. Leur père leur a appris à fêter la clairière après l'inquiétude d'une sombre forêt. Bon voyage Jules Nidegger ! Il paraît qu'il y a d'autres oiseaux, extraordinaires, plus haut que l'horizon.

L'Echo

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Jules Nidegger, "journaliste libre", fut le fidèle et infatiguable collaborateur de notre Echo dès la naissance du journal, en 1930. Son dernier article date de la deuxième semaine d'octobre 2000. Cela entrera dans la légende !   Paul Cornaz


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