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La droite blochérienne n'est plus le
diable
La Suisse vote de plus en plus conservateur depuis un
quart de siècle. Politiquement les grands profiteurs sont les Verts et
surtout l'UDC. Plus dans les faits que dans les discours, une rupture avec
l'esprit "progressiste-humaniste" de la guerre froide a bel et bien
commencé.
Par Stéphane ZINDEL
Les nouveaux sommets électoraux atteints par l'UDC et les Verts lors
des dernières élections fédérales marquent un tournant politique majeur.
Les résultats 21 octobre apportent une confirmation spectaculaire que le
puissant mouvement de recomposition du paysage politique qui s'est engagé
depuis vingt-cinq ans au profit des pôles conservateurs tant de la droite
que de la gauche n'est toujours pas achevé.
Le rapport de force entre ces deux pôles n'a que peu varié au fil des
décennies : la Suisse compte en gros un électeur de gauche pour deux de
droite et, dans une moindre mesure, de la gauche (lire encadré).
Inexistante sur l'échiquier fédéral il y a un quart de siècle, la
droite "non classique", dont l'UDC blochérisée est devenue au fil des ans
la composante quasi unique, pèse désormais 31 %, soit la moitié de
l'électorat de droite. A un tel niveau, il n'est plus possible de soutenir
que les succès du parti s'expliquerait simplement par ses ressources
financières considérables, un marketing habile et l'exploitation sans
scrupule des peurs des petites gens.
Pour ce qui est des Verts, ils ont pris pour la première fois une place
vraiment significative au sein de la gauche (un tiers de l'électorat). Ce
qui pose désormais la question - encore sans réponse définitive - de
savoir si les écologistes ne représentent pas l'avenir de la gauche à
terme, alors qu'ils semblaient jusqu'ici condamnés à devoir rester
éternellement un parti de riche à la remorque du grand frère socialiste.
Nouveau terreau sociétal
Le fait que ce grand brassage à gauche comme à droite a débuté dans les
années 1980 n'est pas fortuit. Cela coïncide avec l'effondrement de
l'Empire soviétique et l'avènement d'une ère nouvelle, débarrassée des
illusions collectivistes. Ce monde nouveau n'est plus bipolaire mais
globalisé. Il est plus libre, plus interconnecté, plus concret, mais aussi
plus complexe, plus fuyant, plus rapide, plus incertain, plus chaotique.
Il est le théâtre d'une révolution tant quantitative que qualitative de
l'information, dont les canaux se multiplient et se démocratisent. Les
contenus et leur interprétation deviennent de moins en moins maîtrisables
par les élites. Des flux migratoires et un brassage culturel sans
précédent s'enclenchent à l'échelle du globe. L'émergence de nouvelles
puissances économiques mondiales met à mal les certitudes occidentales
euro-centristes. Le fameux "rayonnement de la France dans le monde"
devient à peu de chose près une vue de l'esprit.
Ce nouveau monde est moins immédiatement porteur de sens que l'ancien.
Les frontières entre le Bien et le Mal, entre les Gentils et les Méchants
sont devenues moins évidentes. La logique du marché et l'exigence
d'efficacité s'étendent à presque tous les domaines de la vie. Le réel est
de moins en moins intellectualisé, il est vécu. Le citoyen s'est
transformé en consommateur. Le temps devient un luxe. C'est le règne de
l'immédiateté.
Ce terreau sociétal nouveau va immédiatement enclencher la
vague conservatrice à peu près partout en Occident. Dès les années 1980,
les Etats-Unis opèrent d'eux-mêmes un virage libéral sur le plan
économique, et conservateur sur le plan des valeurs. Pour l'essentiel,
l'Europe - en fait celle que, vingt ans plus tard, Donald Rumsfeld
qualifiera de "vieille" - reste largement figée dans ses anciens schémas,
ce qui se traduit par l'émergence de mouvement d'extrême droite.
Jean-Marie Le Pen explose en France. Son ascension ne sera stoppée net
qu'il y a quelques mois par Nicolas SARKOZY.
L'esprit du "progressisme humaniste"
En Suisse aussi, une droite "non-classique" prend son essor à partir
des années 1980. De petits partis poussent comme des champignons à la
droite de l'UDC encore non...
"L'UDC est le parti du XXIème siècle"
Yves Nidegger, futur conseiller national (UDC/GE)
Quel est le fondement du succès de l'UDC ?
Elle a compris que, loin d'être ringard ou en contradiction avec la
modernité, l'enracinement local et national est le corollaire naturel d'un
monde qui se globalise. Tout comme la démocratie directe - la population
ressentant un besoin accru de disposer de leviers politiques. L'UDC est la
seule à le dire. Elle ne peut que réussir. L'UDC est le parti du XXIème
siècle. D'autant qu'elle est la seule aussi à savoir une communication
moderne, directe et décomplexée. En somme, nous faisons du Toscani
(l'auteur des campagnes chocs de Benetton, n.d.l.r.) sur le plan
politique.
La plus grande erreur des autres partis ?
Leur posture psychologique est réactionnaire. Ils restent prisonniers
de pudeurs d'une autre époque. Leurs paradigmes moraux n'ont pas bougé.
Ils sont toujours convaincus d'incarner la tension vers l'avenir alors
qu'ils ne cherchent qu'à sauver des acquis qui se cassent la gueule.
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